Syndrome Douloureux Fémoro-Patellaire

Fiche clinique EBM — Diagnostic, biomécanique, tests patellaires, traitement et suivi
Pédiatrie du Midi · Sion · Mise à jour 2025

⚡ Résumé ultra-rapide (30 secondes)

5 points clés
  • Douleur antérieure du genou rétro- ou péri-patellaire
  • Aggravée par escaliers, squat, course, station assise prolongée (signe du cinéma)
  • Diagnostic clinique : pas d'imagerie d'emblée
  • 16–25% des blessures chez les coureurs ; prédominance féminine
  • Traitement = physiothérapie ciblée, pas le repos complet
3 décisions majeures
  1. Éliminer les drapeaux rouges (épanchement, blocage, fièvre, traumatisme)
  2. Prescrire physio : renforcement quadriceps VMO + abducteurs/RE hanche
  3. Radio si symptômes persistants ; IRM si échec à 3 mois
3 erreurs à éviter
  1. Prescrire seulement repos + AINS (pas de preuve d'efficacité à long terme)
  2. Oublier l'évaluation de la hanche (abducteurs !)
  3. Chirurgie sans anomalie structurelle identifiée

✅ Points confirmés EBM

📊 Tableau récapitulatif

DomaineÀ retenir
DiagnosticClinique : douleur péri-/rétropatellaire, déclenchée en flexion sous charge
Tests clésSquat monopodal, step-down, glide test, test de Zholen, tilt patellaire
ImagerieAucune d'emblée si typique. Radio (face + profil charge + axiales 30°) si persistance ou doute
Traitement 1re lignePhysiothérapie ciblée (VMO + hanche) ± repos relatif
Traitement 2e ligneKinésiotape, semelles, AINS courte durée
ChirurgieUniquement si anomalie structurelle causale après échec conservateur
Référer rapidementInstabilité vraie, blocage, épanchement, fracture de fatigue, ostéochondrite
Pronostic75% favorable à 7 ans ; score Kujala bas = mauvais pronostic

Définition

Le syndrome douloureux fémoro-patellaire (SDFP) est défini par une douleur antérieure du genou au niveau ou autour de la patella, après exclusion de lésions intra-articulaires ou péri-patellaires.

Mécanisme fondamental : mauvais cheminement (trackingTracking — terme anglais désignant le chemin/glissement de la rotule dans la trochlée fémorale lors de la flexion-extension du genou.) de la patella dans la trochlée fémorale → compression excessive sur les facettes patellaires.
⚠ À distinguer impérativement de :
  • Instabilité patellaire (subluxation, luxation) — peut coexister avec le SDFP
  • Arthrose fémoro-patellaire — possible chez l'adulte de plus de 50 ans
  • Chondromalacie patellaire — lésion cartilagineuse morphologique

Synonymes : syndrome rotulien, douleur fémoro-patellaire, patellofemoral pain syndrome (PFPS)

Épidémiologie

Fréquence

  • 16–25% de toutes les blessures chez les coureurs à pied B
  • 25–40% de l'ensemble des problèmes de genou en médecine du sport B
  • Diagnostic le plus fréquent de douleur antérieure du genou chez l'adolescent et l'adulte jeune

Population à risque

  • Prédominance féminine (incidence et prévalence plus élevées) B
  • Adolescents en croissance
  • Coureurs à pied, sports de saut, randonnée, vélo, sports impliquant flexions répétées
  • Personnes sédentaires également touchées (mais moins fréquent)

Facteurs de risque — Tableau complet (RMS 2014)

Facteurs intrinsèquesFacteurs extrinsèques
  • Anomalies anatomiques (dysplasie patellaireDysplasie patellaire — morphologie anormale de la rotule pouvant entraîner un mauvais contact fémoro-patellaire et favoriser le SDFP ou l'instabilité., patella alta, dysplasie trochléenne)
  • Défaut d'alignement et altération biomécanique des MI (statique ou dynamique)
  • Faiblesse du quadriceps — surtout VMOVMO — Vaste Médial Oblique : chef interne du quadriceps, principal stabilisateur médial de la rotule. Sa faiblesse entraîne une traction latérale de la patella. (dysbalance VMO/vaste latéral)
  • Retard de contraction du VMO par rapport au vaste latéral
  • Faiblesse des abducteurs et rotateurs externes de hanche ⭐
  • Hypermobilité patellaire
  • Rétinaculum patellaire latéral rétracté
  • Hypoextensibilité : quadriceps, ischio-jambiers, BITBIT — Bandelette Ilio-Tibiale : épaississement du fascia lata reliant la crête iliaque au tubercule de Gerdy. Sa rétraction aggrave la traction latérale de la patella.
  • Antécédent de chirurgie ou traumatisme du genou/MI proximal
  • Technique sportive et expérience insuffisante
  • Type de sport ou d'activité pratiqué
  • Conditions environnementales (escaliers, pentes)
  • Type de surface d'entraînement
  • Équipement : chaussures à hauts talons ↑ stress FP à la marche
  • Course pieds nus / chaussures minimalistes : ↓ stress FP C
  • ⚠ Peu de données probantes disponibles sur facteurs extrinsèques

Source : Halabchi 2013, Dixit 2007, Lankhorst 2013, Witvrouw 2000 — via Saubade RMS 2014

Facteurs psychosociaux

Les facteurs psycho-sociaux doivent être recherchés : cette pathologie peut fortement influencer le moral des patients et diminuer significativement leur qualité de vie. Ne pas banaliser les plaintes. C

Biomécanique de l'articulation fémoro-patellaire

Rôles de la patella

Forces fémoro-patellaires selon l'activité

ActivitéForce (× poids corporel)
Marche0,5×
Montée des escaliers3,3×
Certaines activités sportivesjusqu'à 20×
Extension complète (0°)Patella libre, pas de charge

Source : Schindler 2011, via Saubade RMS 2014

Dynamique de contact rotulien selon le degré de flexion

  • 0° (extension) : patella libre ou contact distal minimal — aucune charge
  • 30° : la patella s'engage dans la trochlée fémorale
  • 30°–60° : contact au niveau de la partie moyenne de la patella
  • >90° : charge répartie sur les facettes patellaires internes et externes

Mécanismes physiopathologiques

MécanismeConséquence clinique
Dysbalance VMO / vaste latéral → traction latérale anormale de la patella Surcharge du rétinaculum patellaire médial + os sous-chondral
Retard de contraction du VMO vs vaste latéral Mauvais tracking en début de flexion
Faiblesse abducteurs/RE hanche → valgus dynamique, rotation interne fémorale Latéralisation de la patella, ↑ pression latérale
Rétinaculum patellaire latéral rétracté Restriction de la mobilité médiale, tilt patellaire
Raideur quadriceps / ischio-jambiers / BIT ↑ Contraintes fémoro-patellaires
Facteurs psychosociaux / peur du mouvement Douleur persistante, évitement, déconditionnement
Stabilisateurs de l'articulation fémoro-patellaire :
Dynamiques : tendons quadricipital et patellaire, quadriceps (surtout VMO), BIT
Statiques : capsule articulaire, trochlée fémorale, rétinaculums médial et latéral, ligament fémoro-patellaire
→ Une dysbalance entre ces stabilisateurs affecte la distribution des forces sur la surface fémoro-patellaire.

Anamnèse — Questions clés

✅ Évocateur SDFP

  • Douleur antérieure du genou, derrière ou autour de la rotule
  • Circle sign : patient décrit un cercle avec son doigt autour de la patella (difficile à localiser précisément)
  • Signe du cinéma : douleur en position assise prolongée (flexion soutenue)
  • Douleur à la montée/descente des escaliers (descente souvent plus douloureuse)
  • Apparition insidieuse, fluctuante en fréquence et intensité
  • Douleur uni- ou bilatérale
  • Chez le coureur : survient après quelques dizaines de minutes, disparaît quelques heures après
  • Douleur à la marche rapide, course, squat, accroupissement, saut
  • Sensation d'instabilité subjective de la rotule ± bruits articulaires, accrochages, ressauts, pseudo-blocages

🚩 Drapeaux rouges — Chercher autre diagnostic

  • Épanchement intra-articulaire important
  • Blocage mécanique vrai
  • Histoire de subluxation/luxation patellaire → instabilité patellaire associée
  • Traumatisme direct avec impact sur la rotule
  • Douleur nocturne inexpliquée
  • Fièvre, signes inflammatoires systémiques
  • Douleur osseuse focale progressive

Examen clinique systématique

1. Inspection (patient debout en sous-vêtements, pieds parallèles)

2. Palpation

3. Amplitudes articulaires

4. Extensibilité musculo-tendineuse

StructurePourquoi l'évaluer
QuadricepsRaccourcissement = facteur de risque modifiable majeur
Ischio-jambiersRaideur → ↑ contraintes FP
BITRétraction → traction latérale de la patella
Fléchisseurs de hancheInfluence l'alignement dynamique du MI
Triceps suralInfluence la biomécanique du pied et de la hanche
💡 Piège clinique : Ne pas oublier l'évaluation de la hanche. La faiblesse des abducteurs et rotateurs externes de hanche est un facteur de risque majeur souvent sous-estimé, et son renforcement constitue une cible thérapeutique clé.

Tests patellaires spécifiques

Ces 4 tests évaluent la mobilité de la patella et la congruence fémoro-patellaire. Aucun test isolé n'est pathognomonique — le diagnostic repose sur un faisceau d'arguments.

1. Glide Test (test de mobilité patellaire)

Technique :
  1. Genou en extension, patella saisie en position de repos
  2. Déplacer médialement la patella
  3. Évaluer l'amplitude en quadrants (patella divisée en 4 quadrants égaux)
Interprétation :
  • < 1 quadrant → raideur latérale (rétinaculum latéral rétracté)
  • 2 quadrants → mobilité normale
  • > 3 quadrants → hypermobilité patellaire

Utile pour guider le taping et la mobilisation physio

2. Signe du Rabot

Technique :
  1. Main de l'examinateur posée à plat sur la patella, exerçant une pression
  2. D'abord genou en extension
  3. Puis lors d'un mouvement de flexion-extension du genou
Positif si : l'examinateur perçoit un frottement ou accrochage entre la patella et la trochlée fémorale
⚠ Test plus évocateur d'une arthrose fémoro-patellaire que d'un SDFP pur

3. Tilt Patellaire

Technique :
  1. Patella saisie entre pouce et index, genou en extension
  2. Comprimer la partie médiale et élever la partie latérale
Positif si : la partie latérale de la patella ne peut s'élever et reste en position horizontale

Interprétation : raideur des structures latérales (rétinaculum latéral, BIT)

Utile pour identifier la tension du rétinaculum latéral → cible de mobilisation

4. Test de Zholen (ascension contrariée de la patella)

Technique :
  1. Genou en extension
  2. L'examinateur plaque la patella vers le bas
  3. Demander au patient de contracter le quadriceps
  4. L'examinateur empêche la patella de se déplacer vers le haut
Positif si : douleur induite lors de la tentative de contraction
💡 Toujours comparer avec le côté controlatéral pour améliorer l'interprétation

Similaire au "Clarke test" ou "apprehension test" selon les auteurs

Tests fonctionnels complémentaires

TestDescriptionCe qu'il évalueInterprétation
Squat bilatéral Flexion bilatérale ≥ 90° si possible Douleur FP, technique, valgus Douleur antérieure reproduite = très utile cliniquement
Squat monopodal Descente lente sur 1 jambe Faiblesse abducteurs hanche, valgus dynamique Valgus du genou = faiblesse abducteurs/RE hanche
Step-down Descente contrôlée d'une marche en contrôle excentrique Douleur + contrôle moteur Douleur reproduite + valgus = perturbation neuromusculaire
Tracking rotulien dynamique Patient assis, flexions/extensions lentes Chemin de la patella Déviation latérale en fin d'extension = signe du "J"

Diagnostics différentiels — Tableau complet

Liste complète d'après Saubade RMS 2014 et Dixit 2007 — À considérer systématiquement avant de poser le diagnostic de SDFP.

CatégorieDiagnosticArgument pourExamen clé
Insertions tendineuses Tendinopathie quadricipitaleTendinopathie quadricipitale — atteinte du tendon quadricipital (au-dessus de la rotule). Douleur à la palpation du bord supérieur de la patella. Fréquente chez l'adulte sportif. Douleur pôle supérieur rotule, palpation du tendon quadricipital Clinique, écho
Tendinopathie patellaireTendinopathie patellaire (tendon rotulien) — "genou du sauteur". Douleur pôle inférieur de la rotule, aggravée par sauts et accroupissements. Fréquente chez volleyeurs, basketteurs. Douleur pôle inférieur, tendons à la palpation, sport avec sauts Clinique, écho
Instabilité/déchirure du LFPMLFPM — Ligament Fémoro-Patellaire Médial : principal stabilisateur médial de la rotule. Sa déchirure survient lors d'une luxation patellaire latérale et peut nécessiter une reconstruction chirurgicale. Antécédent de luxation patellaire, douleur médiale IRM
Syndrome de la BITBIT — Bandelette Ilio-Tibiale : épaississement du fascia lata. Son syndrome (conflit avec le condyle fémoral latéral) provoque une douleur latérale du genou chez les coureurs. Distinct du SDFP. Coureur, douleur latérale du genou, test de Noble positif Clinique
Inflammations Bursite prépatellaire Travail à genoux, gonflement antérieur fluctuant, pas de flexion douloureuse Clinique, écho
Bursite infra/suprapatellaire Gonflement localisé, douleur à la compression directe Écho
Maladie de HoffaMaladie de Hoffa — atteinte inflammatoire/fibrosique du corps adipeux infrapatellaire (Hoffa). Douleur antérieure du genou en dessous de la rotule. Peut mimer un SDFP. Diagnostic par IRM. Douleur sous-rotulienne, gonflement sous-patellaire IRM
Pathologies intra-articulaires Lésion méniscale Douleur interligne, blocage, tests méniscaux positifs IRM
Plica médiopatellairePlica médiopatellaire — repli synovial médial qui peut générer un conflit intra-articulaire lors de la flexion-extension. Diagnostic difficile, souvent par arthroscopie ou IRM. Accrochage médiopatellaire, ressaut palpable IRM, arthroscopie
Lésion cartilagineuse focale Douleur localisée, épanchement, parfois corps libres IRM
Arthrose fémoro-patellaire >50 ans, crépitations (signe du rabot +), radio anormale Radio, IRM
Chondromalacie Jeune, ramollissement cartilage patellaire, signe du rabot IRM, arthroscopie
Synovite villonodulaire pigmentéeSynovite villonodulaire pigmentée — prolifération synoviale bénigne mais localement agressive. Épanchement récidivant souvent hémorragique, gonflement. Traitement chirurgical. IRM caractéristique (signal hémosidérine). Épanchement récidivant hémorragique, gonflement IRM, arthroscopie
Lésions osseuses Ostéochondrite disséquanteOstéochondrite disséquante — nécrose sous-chondrale pouvant entraîner la séparation d'un fragment ostéocartilagineux. Chez l'adolescent sportif. Douleur mécanique ± corps libre. IRM indispensable. Adolescent, douleur mécanique, épanchement, ± corps libre Radio, IRM
Dysplasie trochléenne type D Instabilité récidivante, profil radio anormal Radio profil, CT
Patella bipartite Fragment osseux postéro-latéral, chez l'adolescent Radio
Tumeurs osseuses / exostoses Douleur progressive, nocturne, masse palpable Radio, IRM
Fractures & apophysites Fracture de fatigue patellaire Skieur de fond, douleur progressive à l'effort, point douloureux patellaire IRM, scintigraphie
Maladie d'Osgood-SchlatterMaladie d'Osgood-Schlatter — apophysite de la tubérosité tibiale antérieure chez l'adolescent en croissance. Douleur à la TTA, gonflement, aggravée par sport. Traitement conservateur. Distinct du SDFP. Adolescent, douleur TTA, gonflement TTA Radio, clinique
Maladie de Sinding-Larsen-JohanssonMaladie de Sinding-Larsen-Johansson — apophysite du pôle inférieur de la rotule chez l'enfant (8-13 ans). Douleur pôle inférieur rotule, aggravée par sport. Traitement conservateur. Enfant 8-13 ans, douleur pôle inférieur rotule Radio, clinique
Douleurs référées Pathologie de hanche (coxo-fémorale) Douleur irradiant jusqu'au genou, limitation rotation hanche Radio hanche, clinique
Radiculopathie L2-L3-L4 Douleur irradiée face antérieure cuisse, signes neurologiques Clinique, IRM lombaire
Autre SDRCSDRC — Syndrome Douloureux Régional Complexe (algoneurodystrophie) : douleur disproportionnée au stimulus, accompagnée de signes vasomoteurs (œdème, changement de couleur, sudation), souvent déclenchée par un traumatisme. Traitement spécialisé. (algoneurodystrophie) Douleur disproportionnée, signes vasomoteurs, allodynie Clinique, scintigraphie

Imagerie — Quand et quoi demander ?

Principe fondamental : Le SDFP est un diagnostic clinique. L'imagerie peut être normale malgré des douleurs importantes. Ne pas démarrer par l'imagerie dans les cas typiques.

Radiographie standard — 1re imagerie à réaliser

IncidenceCe qu'on cherche
Face en chargeAlignement, pincement articulaire, lésions osseuses
Profil en chargeHauteur de la patella (patella alta/baja), dysplasie trochléenne
Axiales de rotules en flexion 30°Congruence fémoro-patellaire, tilt patellaire, arthrose FP

Indications de la radiographie rapide (sans attendre l'échec thérapeutique)

IRM — Indications

Recommandée si :
  • Aucune amélioration après 3 mois de traitement conservateur bien conduit → IRM recommandée pour exclure une autre cause
  • Suspicion de lésion cartilagineuse focale
  • Suspicion d'autres lésions associées (ménisque, Hoffa, LFPM)
  • Avant toute décision chirurgicale
Ce qu'on cherche : lésion chondrale focale, dysplasie trochléenne, gonarthrose FP isolée, lésion méniscale, déchirure LFPM

CT-scan — Indication spécifique

Mesure TA-GT : distance entre la Tubérosité Tibiale Antérieure et la Gorge Trochléenne
Normal < 20 mm — Pathologique ≥ 20 mm → peut indiquer une ostéotomie de réalignement

Indication : bilan préopératoire, défaut d'alignement fémoro-patellaire documenté

💡 Pièges d'imagerie :
  • L'IRM peut montrer des anomalies mineures sans signification clinique (ne pas opérer sur une image !)
  • Toujours s'assurer que la cause structurelle retrouvée est bien la cause de la douleur
  • La chondromalacie à l'IRM n'est pas synonyme de SDFP

Traitement — Algorithme général

Le traitement est dans la grande majorité des cas conservateur. La compliance thérapeutique est un élément essentiel à vérifier par le praticien.

Réduire les contraintes fémoro-patellaires (repos relatif, adaptation de la charge)
Prescrire un programme de physiothérapie personnalisé (9 séances, 1-2×/semaine)
Exercices quotidiens à domicile (indispensables)
Adjuvants selon profil : kinésiotape, semelles, AINS courts, genouillère
Réévaluation à 3 mois → IRM si pas d'amélioration
Chirurgie uniquement si anomalie structurelle causale identifiée

1. Repos relatif et adaptation de charge

  • Réduire les activités provoquant ou dépassant le seuil douloureux
  • Activité doit rester sous le seuil douloureux pendant et dans les jours suivant l'effort
  • Pour les sportifs : repos partiel ou complet si nécessaire
  • Proposer activités alternatives : vélo, natation (faibles contraintes FP)
  • Application de froid localement peut diminuer la douleur

2. Physiothérapie — Traitement de référence Niveau A

Prescription type : 9 séances, 1 à 2×/semaine + exercices quotidiens à domicile
ComposanteObjectifNiveau de preuve
Renforcement quadriceps (VMO) Améliorer le tracking patellaire ; surtout VMO si faiblesse identifiée A — intervention la plus prescrite, meilleurs résultats
Renforcement abducteurs + RE hanche ⭐ Réduire valgus dynamique, rotation interne fémorale A — bons résultats démontrés, même chez femmes sédentaires (RCT 1 an)
Travail de gainage Stabilisation du tronc et du bassin B
Stretching chaînes antérieure et postérieure Si raccourcissement identifié (quadriceps, IJ, BIT) B
Thérapie antalgique + mobilisation patellaire Réduction douleur, travail du rétinaculum C
Proprioception membres inférieurs Améliorer contrôle neuromusculaire B
Kinésiotape de recentrage patellaire Améliorer alignement patellaire, fonction VMO C — à poser par physio puis enseigné au patient
💡 Clé du succès : programme "à la carte" individualisé selon l'examen clinique. Exercices à domicile quotidiens systématiques.

3. Autres thérapies — Efficacité variable

TraitementMécanisme/objectifNiveau de preuveIndications pratiques
AINS Anti-inflammatoire, antalgique Débattu — peu d'évidences dans le SDFP (Cochrane 2004) Usage courant mais non recommandé en 1re ligne sur durée prolongée
Orthèses de genou Stabilisation de la patella C — efficacité limitée Peut rassurer certains patients, usage ponctuel
Kinésiotape rotulien Améliorer alignement patellaire + fonction VMO C — études encourageantes mais résultats non probants À poser par physio ; enseigner au patient pour usage autonome
Semelles plantaires / orthèses Correction pronation, biomécanique MI C — à considérer au cas par cas Si pronation excessive, douleur liée à course/marche. Pas systématiques.
Perte de poids Réduction forces FP B Si surpoids significatif

4. Chirurgie — Indications très limitées

Réservée aux cas présentant une anomalie structurelle causale, après échec du traitement conservateur bien mené.

Si aucune amélioration après 3 mois de traitement conservateur : IRM recommandée avant toute décision chirurgicale.

SituationOption chirurgicale
Lésion chondrale focale sévère sans défaut d'alignement FP Microfracture ou MACI (implantation autologue de chondrocytes assistée par membrane) si disponible
Lésion chondrale focale avec défaut d'alignement FP Ostéotomie de réalignement (tubérosité tibiale antérieure) + traitement chondral
Défaut d'alignement isolé (TA-GT ≥ 20 mm) Ostéotomie de réalignement de la TTA
⚠ Principe fondamental : S'assurer que la cause structurelle retrouvée est bien la cause de la douleur — ne pas opérer sur une image seule.

Stratégie pratique cabinet

Confirmer douleur antérieure rétropatellaire/péri-patellaire + reproductibilité (squat, escaliers, station assise)
Éliminer drapeaux rouges : épanchement, blocage mécanique, traumatisme, instabilité vraie, fièvre, douleur nocturne
Examen dynamique : squat monopodal (valgus hanche ?), tracking patellaire, tests patellaires (glide, tilt, Zholen)
Évaluer extensibilité : quadriceps, IJ, BIT + force abducteurs/RE hanche
Expliquer le diagnostic et la logique de charge (douleur ≠ lésion structurelle grave)
Prescrire physiothérapie ciblée (9 séances) + exercices quotidiens à domicile
Repos relatif : activité sous seuil douloureux, alternatives (vélo, natation)
Contrôle à 6–8 semaines : progression ? Si oui, continuer. Si non, réévaluer compliance et diagnostic
À 3 mois sans amélioration : radio puis IRM. Discuter avis spécialisé.

Quand référer ?

UrgenceIndicationVers qui
URGENT Luxation rotulienne aiguë, épanchement post-traumatique important, blocage mécanique vrai, suspicion fracture Urgences / Orthopédie
Semi-urgent Instabilité patellaire récidivante, suspicion ostéochondrite disséquante, suspicion fracture de fatigue Orthopédie / Médecine du sport
Programmé Absence d'amélioration après 3 mois de traitement bien suivi, douleur limitant activité quotidienne/sport, analyse biomécanique spécialisée nécessaire, doute diagnostique Médecine du sport / Orthopédie / Physio spécialisé

Suivi

MomentObjectifDécision
2–3 semaines Vérifier compréhension, adaptation charge, tolérance exercices Ajuster douleur/charge, vérifier compliance
6–8 semaines Évaluer douleur escaliers/squat, force, fonction Progresser exercices ou cibler physio différemment
3 mois Vérifier amélioration significative ; si échec → imagerie Radio puis IRM si aucune amélioration. Avis spécialisé si persistance.

Pronostic et évolution à long terme

Données EBM

  • Évolution favorable dans ~75% des cas à 7 ans avec traitement conservateur B
  • Pronostic favorable si prise en charge active et précoce
  • Score de Kujala (Kujala Femoropatellar ScoreKujala Femoropatellar Score — score fonctionnel de 0 à 100 évaluant la douleur et la fonction dans le SDFP. Un score bas (< 75) est associé à un mauvais pronostic à long terme.) bas à l'évaluation initiale = mauvais pronostic à long terme

Points de vigilance

  • Risque de chronicisation si alternance repos complet / reprise brutale
  • Facteurs psychosociaux → douleur persistante, évitement
  • Lien SDFP → arthrose fémoro-patellaire : débattu mais un continuum entre les deux semble exister Débattu
  • Qualité de vie peut être significativement impactée → ne pas banaliser

Communication patient / famille

🚩 Pièges diagnostiques et erreurs fréquentes

✅ Mini-checklist interactive de consultation

Critères cochés : 0/10

Cochez les critères pour obtenir une aide à l'interprétation.

Prescription de physiothérapie — Modèle (RMS 2014)

Physiothérapie pour Syndrome Douloureux Fémoro-Patellaire
9 séances, 1 à 2×/semaine
  • Renforcement du quadriceps (priorité : vaste médial oblique si faiblesse)
  • Renforcement des abducteurs et rotateurs externes de hanche
  • Travail de gainage
  • Thérapie antalgique et mobilisation patellaire
  • Stretching des chaînes antérieures et postérieures des membres inférieurs
  • Travail de proprioception des membres inférieurs
  • Kinésiotape de recentrage patellaire (si indiqué)

⭐ Exercices à faire quotidiennement à domicile

Source : Saubade et al., Revue Médicale Suisse 2014

Sources et références

Article principal (source primaire de cette fiche)

  1. Saubade M, Martin R, Becker A, Gremion G. Mieux comprendre le syndrome douloureux fémoro-patellaire pour mieux le traiter. Revue Médicale Suisse. 2014;10:1451-1456. revmed.ch

Références secondaires citées (Saubade 2014)

  1. Bolgla LA, Boling MC. Conservative management of patellofemoral pain syndrome. Int J Sports Phys Ther. 2011;6:112-25.
  2. Dixit S et al. Management of patellofemoral pain syndrome. Am Fam Physician. 2007;75:194-202.
  3. Witvrouw E et al. Patellofemoral pain: Consensus statement from the 3rd International research retreat, Vancouver 2013. Br J Sports Med. 2014;48:411-4.
  4. Halabchi F et al. Patellofemoral pain syndrome and modifiable intrinsic risk factors. Asian J Sports Med. 2013;4:85-100.
  5. Lankhorst NE et al. Factors associated with patellofemoral pain syndrome: A systematic review. Br J Sports Med. 2013;47:193-206.
  6. Heintjes E et al. Pharmacotherapy for patellofemoral pain syndrome. Cochrane Database Syst Rev. 2004;3:CD003470.
  7. Kannus P et al. Outcome study of chronic patellofemoral pain syndrome. Seven-year follow-up. J Bone Joint Surg Am. 1999;81:355-63.
  8. Collins NJ et al. Predictors of short and long term outcome in patellofemoral pain syndrome. BMC Musculoskelet Disord. 2010;11:11.
  9. Fukuda TY et al. Hip posterolateral musculature strengthening in sedentary women with PFPS. J Orthop Sports Phys Ther. 2012;42:823-30.

Références complémentaires (guidelines récentes)

  1. Neal BS et al. Best practice guide for patellofemoral pain. British Journal of Sports Medicine. 2024. BJSM 2024
  2. Willy RW et al. Patellofemoral Pain: Clinical Practice Guidelines. JOSPT. 2019. JOSPT 2019
  3. Collins NJ et al. 2018 Consensus statement on exercise therapy for patellofemoral pain. BJSM. 2018. PubMed
  4. Gaitonde DY et al. Patellofemoral Pain Syndrome. Am Fam Physician. 2019. AAFP 2019

Abréviations

AbréviationSignification
SDFP / PFPSSyndrome Douloureux Fémoro-Patellaire / Patellofemoral Pain Syndrome
VMOVaste Médial Oblique
BITBandelette Ilio-Tibiale
FPFémoro-Patellaire
IJIschio-Jambiers
RERotateurs Externes
MIMembre Inférieur
LFPMLigament Fémoro-Patellaire Médial
TA-GTTubérosité Tibiale Antérieure – Gorge Trochléenne
TTATubérosité Tibiale Antérieure
MACIMatrix-induced Autologous Chondrocyte Implantation
SDRCSyndrome Douloureux Régional Complexe
AINSAnti-Inflammatoires Non Stéroïdiens
IRMImagerie par Résonance Magnétique
EBMEvidence-Based Medicine
Se / SpSensibilité / Spécificité
RCTRandomized Controlled Trial (essai contrôlé randomisé)

Document clinique de référence — Pédiatrie du Midi, Sion · Mise à jour 2025. Destiné à l'aide clinique. À adapter au contexte individuel et aux signes d'alerte.