Taches congénitales problématiques — aide-mémoire pédiatrique

Photographies cliniques réelles issues de DermNet NZ/Cureus, avec lien vers la page source. Survolez le nom d'une lésion pour un rappel rapide. Document d'aide au tri clinique, non substitutif à un avis dermatologique.
À documenter dès la naissance : localisation, taille (mesure en mm/cm, pas seulement description), couleur, caractère plan/surélevé, photo datée si possible. Cela évite notamment la confusion ultérieure entre mélanocytose dermique congénitale et ecchymoses.
LésionImage typiqueSignes distinctifsComplications à ne pas manquerSyndrome / diagnostic associéExamens utilesAttitude pratiqueUrgence
Hémangiome infantile à risque Hémangiome infantile : tumeur vasculaire bénigne la plus fréquente de l'enfance (~4-5% des nourrissons). Absent/discret à la naissance, prolifère rapidement à 5-8 semaines, puis involue spontanément sur années. Le risque dépend uniquement de la localisation (fonctionnelle) et du volume, pas de la biologie de la lésion elle-même. Hémangiome infantile
© DermNet / Te Whatu Ora
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  • Absent ou discret à la naissance
  • Prolifération maximale entre 5 et 8 semaines de vie — fenêtre thérapeutique clé
  • Rouge vif si superficiel, bleuté/tendu si profond
  • Localisations à haut risque : paupière, nez, lèvre, oreille, périnée, zone "barbe", segmentaire facial large
  • Amblyopie / astigmatismesi périoculaire — risque même sans obstruction visuelle complète
  • Obstruction sous-glottiquesi distribution segmentaire "barbe" (menton, mâchoire, oreilles, cou antérieur) — stridor progressif typiquement à 6-12 sem
  • Ulcération, douleur, saignement
  • Déformation permanente / séquelle esthétique
  • Atteinte hépatiquesi >5 hémangiomes cutanés (critère de screening)
PHACE si hémangiome facial segmentaire large (Posterior fossa, Hémangiome facial >5cm, Anomalies Artérielles, Cardiaques, oculaires/Eye).
LUMBAR/SACRAL si lombo-sacré segmentaire (anomalies médullaires, urogénitales, anorectales).
  • Évaluation clinique précoce, idéalement <4 semaines
  • Échographie hépatique si >5 hémangiomes cutanés
  • IRM cérébrale/cervicale + écho cardiaque + ophtalmo si suspicion PHACE
Référer rapidement (avant fin de prolifération). Propranolol = 1ʳᵉ ligne si indication, efficacité maximale si débuté pendant la phase proliférative précoce (idéalement <5-6 semaines). 🔴 Jours – 1 semaine
Tache lie-de-vin / malformation capillaire faciale Port-wine stain : malformation capillaire vraie (pas une tumeur), présente dès la naissance, ne régresse jamais spontanément, croît proportionnellement à l'enfant. Le risque syndromique dépend presque exclusivement de l'atteinte du territoire V1 (front/paupière). Tache lie-de-vin
© Te Whatu Ora / DermNet
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  • Plaque plane rose-rouge, présente dès la naissance, ne blanchit pas complètement à la vitropression
  • Ne régresse pas spontanément (contrairement à l'hémangiome)
  • Atteinte front + paupière supérieure (territoire V1) = signal d'alerte principal, bien plus que la taille
  • Glaucomesi atteinte palpébrale/périoculaire — dépistage ophtalmo systématique si V1 touché
  • Épilepsie, retard neurodéveloppementalsi Sturge-Weber (angiome leptoméningé homolatéral)
  • Hypertrophie tissulaire progressive (os, tissus mous) possible avec l'âge
Syndrome de Sturge-Weber si atteinte V1, surtout fronto-palpébrale bilatérale ou étendue.
Repère pratique : risque de Sturge-Weber ≈ 10-25% si V1 atteint, quasi nul si V2/V3 isolé sans V1.
  • Examen ophtalmologique précoce (tension oculaire, fond d'œil)
  • IRM cérébrale avec gadolinium si symptômes neuro ou atteinte V1 étendue
  • Neuropédiatrie si convulsions/retard
Ne jamais banaliser une atteinte front/paupière. Laser à colorant pulsé possible (esthétique/fonctionnel), ne traite pas le risque neuro. 🔴 Ophtalmo précoce
Naevus mélanocytaire congénital géant / multiple Naevus congénital géant (NCG) : prolifération mélanocytaire présente à la naissance. Risque de mélanome et de mélanose neurocutanée corrélé à la taille projetée à l'âge adulte et au nombre de naevi satellites, pas à la couleur ou à la pilosité. Naevus mélanocytaire congénital géant
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  • Brun à noir, présent à la naissance, parfois poilu/verruqueux/nodulaire
  • Classification par taille projetée adulte : petit <1.5cm, moyen 1.5-10cm, grand 10-20cm, géant >20cm
  • Risque accru si localisation axiale/postérieure (rachis, cuir chevelu)
  • ≥20 naevi satellites = facteur de risque indépendant de mélanose neurocutanée
  • Mélanomerisque surtout si forme géante (>40-60cm) — risque vie entière estimé 2-5%
  • Mélanose neurocutanéeprolifération mélanocytaire méningée — peut être asymptomatique ou donner convulsions/hydrocéphalie
  • Troubles neurologiques (convulsions, retard) si atteinte SNC symptomatique
Mélanose neurocutanée si naevus géant, localisation axiale ou ≥20 satellites.
  • Dermatoscopie et photographies standardisées répétées
  • IRM cérébro-médullaire discutée si forme géante, axiale ou satellites multiples (idéalement <6 mois, avant myélinisation complète)
Dermatologie pédiatrique systématique. Surveillance prolongée ; exérèse discutée au cas par cas (ne réduit pas le risque de mélanose neurocutanée). 🟠 Spécialisé
Taches café-au-lait multiples CALM : macules pigmentées bénignes très fréquentes (1-2 isolées chez ~25-30% des enfants sains). Le seuil de 6 lésions est le pivot diagnostique pour la neurofibromatose de type 1 (NF1) — critères révisés 2021 (Legius et al., Genet Med). Tache café-au-lait
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  • Macules brun clair homogènes, bords nets ("coast of California")
  • 1-2 lésions isolées = fréquent et sans signification chez l'enfant sain
  • Critère d'alerte : ≥6 lésions >5mm (prépubère) ou >15mm (postpubère)
  • NF1gliome optique, neurofibromes, scoliose, HTA (sténose artère rénale), troubles des apprentissages
  • Diagnostic différentiel : syndrome de Legiusphénotype cutané quasi identique, sans tumeurs — gène SPRED1
Critères NF1 2021 (≥2 requis si pas d'antécédent familial) :
1) ≥6 CALM >5mm/>15mm · 2) lentigines axillaires/inguinales · 3) ≥2 neurofibromes ou 1 plexiforme · 4) gliome des voies optiques · 5) ≥2 nodules de Lisch (ou ≥2 anomalies choroïdiennes en OCT) · 6) lésion osseuse distinctive (dysplasie sphénoïde, incurvation tibiale) · 7) variant pathogénique NF1 confirmé · 8) parent NF1 avéré.
  • Mesure précise des lésions (règle, pas estimation visuelle)
  • TA aux 4 membres, examen neurocutané complet (recherche lentigines, neurofibromes)
  • Ophtalmologie (Lisch, gliome optique) si suspicion
  • Génétique (panel NF1/SPRED1) si doute diagnostique
Suivi clinique structuré annuel si ≥6 CALM, même sans autre critère au début (apparition souvent progressive avec l'âge). 🟠 Bilan programmé
Macules hypomélanotiques "feuille de frêne" Ash-leaf macules : macules hypopigmentées, souvent premier signe cutané de la sclérose tubéreuse de Bourneville, parfois visibles uniquement en lumière de Wood. Le seuil de 3 macules ≥5mm constitue un critère majeur isolé suffisant pour un diagnostic possible. Macule feuille de frêne
© DermNet / Te Whatu Ora
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  • Taches blanches ovalaires ou lancéolées, parfois très discrètes sur peau claire
  • Mieux visibles à la lampe de Wood
  • ≥3 macules ≥5mm = critère majeur isolé suffisant pour diagnostic possible de sclérose tubéreuse
  • Spasmes infantiles, épilepsiesouvent révélatrice, parfois avant les signes cutanés évidents
  • Retard neurodéveloppemental
  • Rhabdomyomes cardiaquessouvent anténatals, parfois asymptomatiques
  • Atteinte rénale (angiomyolipomes, kystes)
Sclérose tubéreuse de Bourneville — critères majeurs incluent : ≥3 macules hypomélanotiques ≥5mm, angiofibromes faciaux ≥3, fibromes unguéaux ≥2, plaque "peau de chagrin", rhabdomyome cardiaque, LAM pulmonaire, angiomyolipomes rénaux ≥2.
  • Lampe de Wood systématique si ≥1 macule suspecte
  • Examen cutané complet (angiofibromes, fibromes unguéaux)
  • Neuropédiatrie si signes neuro ; EEG si suspicion spasmes
  • Selon âge : écho cardiaque, échographie rénale
Ne pas attendre si spasmes/retard associés — bilan en urgence relative. Bilan spécialisé programmé si ≥3 macules isolées sans signe neuro. 🔴 Si signes neuro
Mélanocytose dermique congénitale atypique ("tache mongolique") Tache mongolique : très fréquente (>80% chez certaines populations), bénigne dans l'immense majorité des cas. Le diagnostic différentiel important est l'ecchymose en contexte de suspicion de maltraitance. Les formes atypiques (diffuses, extrasacrées) sont rares marqueurs de maladies de surcharge. Mélanocytose dermique congénitale
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  • Bleu-gris, plane, typiquement lombo-sacrée/fessière, présente dès la naissance
  • S'estompe habituellement dans l'enfance (quelques années)
  • Atypique si : étendue, diffuse, ou extrasacrée (membres, visage, tronc)
  • Confusion avec ecchymosecontexte de suspicion de maltraitance — toujours documenter dès la naissance
  • Maladies de surchargerares : mucopolysaccharidoses, gangliosidoses — uniquement si forme diffuse/atypique ou dysmorphie/retard associé
Rare : mucopolysaccharidoses (Hurler), gangliosidoses (GM1) si formes diffuses/atypiques avec autres signes systémiques.
  • Aucun bilan si forme sacrée typique isolée
  • Photo datée + mesure dans le dossier dès la naissance
  • Bilan métabolique seulement si signes systémiques associés (dysmorphie, retard, organomégalie)
Rassurer si typique. Avis spécialisé seulement si très diffuse, extrasacrée multiple, ou signes systémiques. 🟢 Rassurer si typique
Cutis marmorata télangiectatica congénitale CMTC : anomalie vasculaire congénitale rare, marbrures fixes (contrairement au cutis marmorata physiologique du froid qui disparaît au réchauffement). Le point clé est de rechercher une asymétrie de croissance d'un membre. Cutis marmorata télangiectatica congénitale
© Maashi A, Cureus / DermNet
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  • Marbrures violacées fixes, réticulées, présentes à la naissance
  • Ne disparaissent pas au réchauffement (vs. cutis marmorata physiologique transitoire)
  • Souvent asymétriques, un membre ou un hémicorps
  • Hypotrophie ou hypertrophie d'un membreà rechercher systématiquement par mesure des périmètres/longueurs
  • Ulcérations sur les zones marbrées
  • Anomalies oculaires (rares) si forme faciale étendue
CMTC isolée le plus souvent ; formes syndromiques rares (Adams-Oliver).
  • Mesure longueurs/périmètres de membres à chaque contrôle
  • Suivi de la croissance segmentaire dans le temps
  • Ophtalmo si forme faciale/étendue
Dermatologie si doute diagnostique. Surveillance morphologique et fonctionnelle répétée (la lésion cutanée s'atténue souvent, l'asymétrie de membre peut persister). 🟠 Programmé
Malformation veineuse / lymphatique congénitale Malformation vasculaire (classification ISSVA) : à bien distinguer de l'hémangiome — présente dès la naissance, croît proportionnellement au corps, ne régresse jamais spontanément. Le signe clé est l'augmentation de volume aux cris/Valsalva pour les formes veineuses. Malformation veineuse
© DermNet
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  • Masse bleutée compressible, présente à la naissance (parfois plus visible secondairement)
  • Augmente de volume aux cris/Valsalva (forme veineuse) — signe distinctif clé vs hémangiome
  • Forme lymphatique : vésicules translucides ou masse kystique, ne blanchit pas à la vitropression
  • Douleur, thromboses locales (phlébolithes)
  • Saignements, infections (surtout lymphatique)
  • Compression fonctionnelle (voies aériennes, vision)
  • Déformation si atteinte cervico-faciale ou d'un membre
Anomalies vasculaires complexes ; syndromes vasculaires (Klippel-Trénaunay, CLOVES) si association à hypertrophie de membre.
  • Écho-Doppler en première ligne (différencie veineux/lymphatique/artériel)
  • IRM si profond, volumineux, évolutif ou avant prise en charge thérapeutique
Adresser à un centre d'anomalies vasculaires si volumineux, douloureux, fonctionnel ou cervico-facial. 🟠 Selon localisation
Naevus sébacé Naevus sébacé (organoïde de Jadassohn) : hamartome épidermique bénin, présent dès la naissance, devenant plus verruqueux à la puberté sous influence hormonale. Le syndrome associé (Schimmelpenning) est rare et lié à la taille/multiplicité des lésions, pas à leur aspect isolé. Naevus sébacé
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  • Plaque jaunâtre-orangée, alopécique, souvent cuir chevelu ou visage
  • Devient plus verruqueuse/épaisse à la puberté
  • Risque syndromique surtout si lésion étendue/linéaire suivant les lignes de Blaschko ou multiple
  • Tumeurs annexielles secondairesle plus souvent bénignes (trichoblastome, syringocystadénome)
  • Transformation maligne (carcinome basocellulaire)rare, surtout à l'âge adulte
  • Alerte si nodularité, saignement, ulcération, croissance rapide
Syndrome de Schimmelpenning (naevus sébacé linéaire) si anomalies neurologiques (convulsions, retard), oculaires (colobome) ou squelettiques associées.
  • Examen clinique répété
  • Dermoscopie si changement d'aspect
  • Biopsie/exérèse si lésion secondaire suspecte
  • Neuropédiatrie/imagerie si forme étendue + signes extracutanés
Dermatologie non urgente si lésion isolée. Surveillance ; exérèse discutée si modification, gêne, ou avant puberté pour les formes à risque. 🔵 Non urgent

Sources principales

Dernière révision du document : 30.06.2026. Les images sont affichées depuis leurs sources externes ; une connexion Internet est nécessaire pour les voir.