Syndrome de Morel-Lavallée

Décollement fermé post-traumatique peau/hypoderme–fascia par cisaillement → rupture vasculo-lymphatique → collection hémolymphatique suprafasciale ± graisse nécrosée → possible pseudocapsule chronique.
À retenir : penser MLL devant une collection fluctuante persistante/augmentant après traumatisme tangentiel. Chez l’enfant/ado : surtout sport + genou. Échographie utile en 1re intention ; IRM = meilleure caractérisation (extension, contenu, capsule, chronicité). Pas de seuil volumique universel validé.

1. Signes d’appel • localisation • âge

Mécanisme glissement, chute, choc tangentiel, sport de contact, vélo/moto/AVP, écrasement.

Clinique tuméfaction fluctuante, « poche d’eau », peau hypermobile, ecchymose, hypoesthésie, collection retardée ou récidivante après aspiration.

Topographie adulte : péri-trochantérien/cuisse/bassin ± fesse/genou. Pédiatrie : genou prédominant, souvent sportif.

Âge tout âge ; séries pédiatriques surtout grands enfants/ados (moyenne ≈14–15 ans).

2. Inspection — ce que je cherche / ce que cela apporte

  • Localisation exacte (plan superficiel, péri-articulaire ou profond → oriente MLL vs bursite/hémarthrose/hématome profond).
  • Taille en cm (L × l ± hauteur → valeur de référence et évolution objective).
  • Œdème (diffus = traumatisme tissulaire étendu ; poche limitée = collection).
  • Ecchymoses (rupture vasculaire / mécanisme de cisaillement ; extension importante = traumatisme plus sévère).
  • Asymétrie (comparaison controlatérale → objective une tuméfaction discrète).
  • Abrasion cutanée (friction + porte d’entrée → risque infectieux).
  • Phlyctène (souffrance cutanée/tension → risque de nécrose).
  • Nécrose (atteinte des perforantes → complication grave / avis chirurgical).
  • Rougeur (inflammation ; si chaude/croissante → cellulite ou surinfection).
  • Écoulement/fistule (communication cutanée → infection, nécrose ou chronicité).

Astuce : mesurer et tracer les contours si surveillance pour objectiver progression/régression.

3. Palpation

  • Fluctuance (collection liquidienne → signe très évocateur).
  • Ballotement (déplacement liquidien → cavité significative).
  • Compressibilité (espace liquidien suprafascial ; masse ferme → organisation/nécrose graisseuse/masse solide).
  • Douleur (localiser/quantifier ; disproportionnée ou croissante = complication).
  • Température (chaleur + rougeur → infection/inflammation).
  • Homogène ou nodulaire (nodules → caillots, fibrine, graisse nécrosée, organisation ; atypique → élargir DD).
  • Mobilité peau–fascia (glissement excessif → argument fort pour décollement).
  • Crépitation (air sous-cutané → plaie communicante/infection gazeuse ; non attendue dans MLL simple).

4. Neurovasculaire + ostéo-articulaire

  • Sensibilité cutanée (atteinte petits nerfs ; aggravation → compression/atteinte tissulaire).
  • Pouls (lésion artérielle associée si trauma important).
  • Recoloration capillaire (perfusion distale ; retard → compression/lésion vasculaire).
  • Syndrome de loge (douleur disproportionnée, douleur à étirement passif, loge tendue, déficit sensitivo-moteur → urgence).
  • Mobilité active/passive (atteinte articulaire ou osseuse associée).
  • Épanchement intra-articulaire (distingue MLL extra-articulaire d’hémarthrose/synovite).
  • Stabilité ligamentaire (entorse/rupture associée).
  • Douleur osseuse élective (fracture/contusion → radiographie selon contexte).
  • Appui/marche (impossibilité → rechercher fracture/atteinte articulaire significative).
  • Muscles/tendons (douleur résistée, déficit, discontinuité → déchirure/avulsion/rupture).

5. Échographie — aspect utile au cabinet

Typique : collection fusiforme entre graisse sous-cutanée profonde et fascia.

  • Hypoéchogène ou hétérogène (sang/lymphe/fibrine/débris ; aigu souvent plus hétérogène).
  • Compressible (confirme composante liquidienne et espace de décollement).
  • Septa (organisation interne → drainage simple potentiellement incomplet).
  • Débris (fibrine, caillots, graisse nécrosée ; compatibles mais non spécifiques).
  • Globules graisseux hyperéchogènes (graisse arrachée/nécrosée → indice fort associé à localisation suprafasciale).
  • Pas de flux interne au Doppler (collection avasculaire ; aide vs malformation/masse vascularisée). Hyperémie périphérique possible si inflammation/infection.

Attention : aucun signe échographique isolé n’est pathognomonique. Hématome, abcès, nécrose graisseuse et certaines masses peuvent mimer une MLL.

6. Imagerie / biologie

ExamenQuand / ce qu’il apporte
Échographie1re intention pratique : localisation suprafasciale, compressibilité, volume, Doppler, guidage ponction.
IRMRéférence pour extension, contenu, capsule/chronicité, compartiments, masse atypique, récidive ou échec.
RXSi suspicion fracture / traumatisme ostéo-articulaire associé.
CTSurtout polytrauma ; peut détecter incidentalement la MLL mais moins spécifique pour caractérisation.
FSC/HbSeulement si collection volumineuse, trauma important ou suspicion hémorragique.
CRP ± FSCSi fièvre, chaleur, cellulite, douleur croissante → infection.
TP/aPTT/fibrinoSi hématome disproportionné/spontané ou contexte hémorragique.

7. Red flags → DD/complication à craindre

SigneCe qui inquiète
Collection ↑ rapideSaignement actif, lésion vasculaire, hématome expansif.
Douleur forte/croissanteSyndrome de loge, fracture, infection, ischémie.
Tension cutanéeHypoperfusion / nécrose imminente.
Pâleur/cyanose/peau froideIschémie cutanée / atteinte vasculaire.
PhlyctènesSouffrance cutanée sévère / nécrose.
NécrosePerte de couverture + infection → chirurgie.
Hypoesthésie progressiveCompression/atteinte nerveuse, loge.
Fièvre / celluliteMLL infectée, abcès, sepsis.
Pus / fistuleAbcès, collection chronique infectée.
Trauma haute énergieFractures, lésions vasculaires/viscérales, polytrauma.
Baisse HbHémorragie active / hématome profond volumineux.
Lésion très volumineuseTension, nécrose, récidive, saignement.
InstabilitéPriorité ABCDE : hémorragie interne / polytrauma.

8. Diagnostics différentiels

DDIndice discriminant
Hématome simpleTrauma direct, moins de décollement, résorption progressive.
Bursite prépatellaireRespecte l’anatomie de la bourse.
HémarthroseCollection intra-articulaire + limitation/ballottement.
Abcès/celluliteChaleur, rougeur, douleur, fièvre, hyperémie périphérique.
Hématome musculaireIntra-/intermusculaire, pas au plan graisse–fascia.
Déchirure muscle/tendonDouleur résistée/étirement, déficit fonctionnel.
Nécrose graisseuseMasse plus ferme/nodulaire, tardive.
Malformation vasculaireHistoire ancienne ± flux au Doppler.
Tumeur tissus mousMasse progressive/solide, trauma peu convaincant → IRM.

9. Traitement progressif

Petite MLL aiguë, peau viable, non encapsulée
→ repos relatif + compression ciblée ± glace/antalgiques → contrôle clinique rapproché (pragmatiquement 7–10 j).
Persistante / symptomatique / volumineuse
→ écho ± IRM → avis ortho/IR → aspiration/drainage + compression. Ponction seule = récidive fréquente.
Récidivante
→ drainage prolongé ± sclérodesis (p. ex. doxycycline selon équipe) / traitement mini-invasif.
Chronique encapsulée
→ débridement/capsulectomie ± quilting sutures + drainage : objectif = abolir l’espace mort.
Infection / nécrose
→ prélèvements + drainage/débridement + antibiothérapie adaptée ± reconstruction.

Preuve : surtout séries rétrospectives et revues ; stratégie individualisée selon taille, localisation, capsule, peau, infection et récidive.